La carte et le théatre (29/03/2009)

Philippe Rekacewicz a publié  dans la livraison de mars du Monde Diplomatique un article intitulé l'Oeil, la Terre et le Cartographe.

L'ensemble de l'article mériterait d'être cité car même si l'auteur part d'une perspective géographique sa problématique rentre en résonance avec des thèmes récurrents de Serial Mapper et de la cartographie de l'information.

Outre la" richesse du langage des crayons" l'auteur insiste sur la pertinence de la métaphore théâtrale pour illustrer le thème de la "mise en scène graphique du fonctionnement du monde". Il se trouve que depuis quelques semaines je travaille sur une nouvelle carte qui s'appuie justement sur cette métaphore pour illustrer ma démarche ...

Voici donc l'extrait promis :

" La carte est une composition visuelle et le cartographe l'interface intuitive entre la réalité et sa transposition.

Que se passe-t-il quand les anciennes représentations ne fonctionnent plus et que les nouvelles n'ont pas encore pris corps ? Quand le monde bipolaire de la guerre froide est remplacé par une géopolitique mouvante, multipolaire, complexe ?

Le rôle du cartographe, au carrefour de la science, de la technologie, de l'éthique, de la politique et même de l'art, est alors de tenter de saisir, grâce à la richesse du langage des crayons, le nouveau, l'inattendu,l'inédit...

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(...)

La carte est une composition visuelle et le cartographe l'interface intuitive entre la réalité et sa représentation. Il lui est impossible de penser son projet en lien direct avec ce qu'il voit du monde, puisque entre les deux, précisément, intervient toute une batterie de filtres.

Comme un metteur en scène de théâtre qui, sur la base du monde réel, choisit la personnalité de ses acteurs et l'atmosphère de ses décors.Il ne faut pas en effet sous-estimer la dimension dramatique — au sens propre — du système cartographique : il constitue une véritable mise en scène graphique du fonctionnement du monde.

(...)

retour, pour finir, à la métaphore théâtrale : le cartographe transporte volontairement le spectateur dans une atmosphère spécifique, où se meuvent des acteurs porteurs d'un message politique.

Cette richesse du langage de nos crayons de couleur, Paul Klee l'a décrite mieux que quiconque : « Le domaine graphique, de par sa nature même, pousse aisément à l'abstraction, écrivait le peintre. Le merveilleux et le schématique propres à l'imaginaire s'y trouvent donnés d'avance, et, dans le même temps, s'y expriment avec une grande précision. »

Ce à quoi Conrad Felixmüller rétorquait : « L'art est constamment soumis à des considérations économiques, politiques, religieuses ou techniques : il sera alternativement décadent, constructif, révolutionnaire ou rêveur . »

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